La10e session de la série de webinaires PREZODE – sous la forme de « Science Talks and Lectures » – s’est déroulée le 24 septembre 2026. Elle a présenté une vue d’ensemble mondiale s’inscrivant dans le cadre de l’Année internationale des pâturages et des éleveurs, ainsi que des perspectives régionales illustrées par des études de cas menées en Mongolie et une autre dans la Corne de l’Afrique.
À l’occasion de l’Année internationale des pâturages et des éleveurs de 2026 et de son thème du mois de septembre, « Les avantages pour la société », ce webinaire a examiné comment les systèmes durables de pâturages et d’élevage apportent des avantages interdépendants : ils soutiennent les moyens de subsistance des éleveurs et la sécurité alimentaire, préservent la biodiversité et les services écosystémiques, renforcent la résilience face au changement climatique et contribuent à prévenir l’émergence des maladies zoonotiques à la source.
Le Dr Igshaan Samuels, du Conseil de la recherche agricole d’Afrique du Sud, a présenté une perspective mondiale sur les pâturages, y compris le pastoralisme, en tant que « paysages One Health ». Mme Munguntsetseg Tsend-Ayush et le Dr Chris Bartels, tous deux membres de l’association Agronomes et Vétérinaires sans Frontières (AVSF) en Mongolie, ont décrit comment cette ONG aide les éleveurs à faire face et à surmonter les défis posés par un environnement en mutation. L’étude présentée par le Dr Farah Isse Mumin, avec le soutien de la professeure Siobhan Mor, tous deux de l’université de Liverpool et de l’ILRI, a mis en avant des outils pratiques axés sur les communautés pour la définition des priorités « One Health » et la mobilisation des communautés pastorales dans la Corne de l’Afrique. (Voir les biographies ci-dessous)
Les pâturages en tant que paysages « One Health »
Les pâturages couvrent plus de la moitié de la surface terrestre. Bien plus que de simples terres de pâturage, ces paysages abritent une riche biodiversité, soutiennent des systèmes alimentaires diversifiés et assurent les moyens de subsistance de centaines de millions de personnes. Ils régulent également les cycles des nutriments, purifient l’eau et stockent le carbone.
Le pastoralisme est à la fois un moyen de subsistance, une manière de gérer les écosystèmes et une culture. Les éleveurs s’adaptent aux variations en déplaçant leurs animaux. Les communautés pastorales vivent là où se côtoient le bétail, la faune sauvage et les populations humaines ; cela ne signifie toutefois pas qu’elles soient à l’origine de l’émergence de maladies : le risque dépend du contexte. Des pâturages sains peuvent renforcer la résilience des éleveurs et élargir leurs possibilités pour préserver la santé de leurs animaux.
La biodiversité peut modifier les processus écologiques et la transmission des agents pathogènes dans les pâturages. Il n’existe toutefois pas de lien universel entre la biodiversité et les maladies ; chaque agent pathogène réagit à sa manière à la composition des hôtes, à l’écologie des vecteurs et à la structure du paysage.
Dans le cadre de l’approche « One Health », nous devons protéger les pâturages contre la conversion des terres, qui constitue l’un des principaux problèmes. La dégradation ne résulte pas toujours d’une mauvaise gestion ; elle est souvent due à la conversion des pâturages vers d’autres usages non durables. Nous devons garantir la mobilité.
Lorsque les pâturages se dégradent en raison de la conversion des terres, du surpâturage, de la fragmentation, des plantes envahissantes ou du changement climatique, les effets se répercutent en cascade. La baisse de la qualité et de la quantité du fourrage peut rendre les animaux plus vulnérables aux maladies, tandis que la baisse de la productivité accentue la pression économique. Les connaissances pastorales peuvent enrichir l’ensemble du système « One Health ». Les éleveurs surveillent la végétation ainsi que l’état de santé, la mortalité et la reproduction de leurs animaux. Associées aux services vétérinaires, ces observations peuvent contribuer à la production conjointe de connaissances dans le cadre de l’approche « One Health ».
L’action de l’AVSF en Mongolie : prendre soin, coopérer et tirer parti
La vision qui sous-tend le soutien apporté par l’AVSF aux éleveurs mongols consiste à veiller à la santé des animaux et à la préservation des pâturages, à coopérer pour apporter une valeur ajoutée aux produits d’élevage et à tirer parti de ces efforts pour assurer la pérennité des moyens de subsistance.
Alors que le surpâturage et la dégradation des pâturages restent une menace, l’AVSF aide les éleveurs à renforcer la gouvernance collective des pâturages et leur utilisation partagée par le biais d’accords d’utilisation des pâturages. Elle soutient également la gestion des troupeaux et la transition d’une approche quantitative vers une approche qualitative, en s’appuyant sur le développement de chaînes de valeur durables dans lesquelles les coopératives d’éleveurs transforment et commercialisent elles-mêmes les produits d’élevage. En supprimant les intermédiaires, les éleveurs conservent les revenus qui, sans cela, leur échapperaient.
L’AVSF travaille depuis quelque temps sur un programme de certification – « Nomad Mark » – dont l’objectif général est d’inciter les éleveurs à adopter des pratiques respectueuses de l’environnement, économiquement viables et socialement responsables, dans leur propre intérêt, mais aussi au niveau collectif et coopératif.
Le cachemire en est un exemple révélateur. Au cours des dix dernières années, AVSF Mongolie a mis en place un programme de certification appelé « Nomad Mark », qui encourage des pratiques durables sur les plans écologique, économique et social, notamment en matière de bien-être et de santé animale. AVSF forme également des agents communautaires de santé animale : des éleveurs sélectionnés au sein de leurs propres communautés qui fournissent toute une gamme de services sous la supervision d’un vétérinaire. Les éleveurs bénéficient ainsi d’une prise en charge plus proche, tandis que les autorités vétérinaires reçoivent des rapports et des données sur le cheptel, ainsi que des alertes précoces en cas de maladies potentielles.
Un autre projet mené dans la province d’Arkhangai vise à mettre en place une filière laitière durable et de haute qualité, sous l’impulsion de jeunes femmes de la Fédération des éleveurs d’Arkhangai. Bien que les maladies zoonotiques soient devenues moins courantes en Mongolie, le risque de transmission persiste. La brucellose, par exemple, n’a pas été éradiquée, même si les taux d’infection sont relativement faibles. En collaboration avec l’Institut de recherche en médecine vétérinaire, l’AVSF mène un projet pilote de test laitier visant à détecter la brucellose chez les yaks, contribuant ainsi à la mise au point de nouvelles approches diagnostiques. Le projet assure également la formation des éleveurs et des écoliers et produit du matériel pédagogique afin de sensibiliser à l’approche « One Health ».
Renforcer la résilience des communautés pastorales grâce à des approches « One Health » centrées sur les communautés dans la Corne de l’Afrique
Dans la Corne de l’Afrique, les éleveurs dépendent fortement du bétail pour leur subsistance. Or, ceux-ci sont confrontés à de nombreux défis, tels que les sécheresses et les inondations, conséquences du changement climatique, mais aussi à un accès limité aux services de santé humaine et animale, en grande partie en raison de l’éloignement de nombreuses régions. Les populations, le bétail et la faune sauvage partagent souvent les mêmes points d’eau et les mêmes pâturages; aucun secteur ne peut donc relever seul ces défis.
Les approches descendantes en matière d’engagement communautaire se révélant inefficaces à bien des égards dans la Corne de l’Afrique, des méthodes pratiques s’imposent. Le Dr Mumin a présenté l’outil « Community Zoonoses Prioritisation » (CZP), qui associe l’analyse décisionnelle multicritères à l’épidémiologie participative. Les communautés identifient les problèmes de santé humaine et animale, définissent leurs propres critères pour classer les zoonoses et déterminent les actions locales à mener. Cet outil a été mis en œuvre en Somalie auprès de 40 groupes séparés par sexe, et les résultats ont été comparés aux priorités nationales fixées par le gouvernement et les parties prenantes en 2023.
Les priorités des communautés reflétaient les maladies affectant leur vie quotidienne, telles que celles transmises par le lait et la viande. Les priorités du gouvernement, en revanche, se concentraient davantage sur les maladies présentant un potentiel pandémique ou épidémique et sur les menaces liées au commerce, telles que la fièvre de la vallée du Rift (FVR) et le MERS. Lors d’un atelier organisé à Mogadiscio, les communautés et les parties prenantes nationales ont élaboré conjointement un plan d’action intégré contre les zoonoses, réunissant ces priorités complémentaires.
Le deuxième outil, la discussion communautaire sur les risques liés à l’approche « One Health », repose sur une discussion guidée au cours de laquelle les membres de la communauté partagent leurs connaissances et leurs convictions, puis s’accordent sur des mesures concrètes. Dans le cadre du projet HEAL, l’ILRI et ses partenaires ont élaboré un manuel sur la mise en œuvre de l’approche « One Health » dans les milieux pastoraux, qui comprend ce guide de discussion communautaire. Ces discussions ont permis une nette amélioration des connaissances, des attitudes et des pratiques.
Le guide sur la mise en œuvre de l’approche « One Health » dans les milieux pastoraux, élaboré dans le cadre du projet HEAL, se traduit par une évolution positive des connaissances, des attitudes et des pratiques.
La FAO a reconnu ces outils comme une bonne pratique « One Health » lors de la Conférence mondiale sur les actions « One Health » dans les systèmes agroalimentaires, qui s’est tenue à Rome du 21 au 23 septembre 2026. Ces deux outils sont librement accessibles à des fins d’adaptation et de déploiement à plus grande échelle.
Pour en savoir plus sur ces études et ces outils :
Donner la parole aux communautés dans le cadre de l’approche « One Health » : une étude participative utilisant l’outil de hiérarchisation des zoonoses au niveau communautaire en Somalie
Mise en œuvre de l’engagement communautaire dans le cadre de l’approche « One Health » par le biais de dialogues communautaires dans la Corne de l’Afrique
Biographie des intervenants
Le Dr Igshaan Samuels, chercheur spécialisé en sciences des pâturages et du fourrage au Conseil de la recherche agricole d’Afrique du Sud

Le Dr Igshaan Samuels est chercheur spécialisé en sciences des pâturages et du fourrage au Conseil de la recherche agricole d’Afrique du Sud. Il dirige également le Centre d’excellence sud-africain pour les systèmes pastoraux intégrés. Titulaire d’un doctorat en botanique de l’université du Cap, il a consacré les 22 dernières années à travailler dans des milieux arides, en s’intéressant particulièrement aux interactions complexes et dynamiques entre les populations, le bétail et les écosystèmes des pâturages. Le Dr Samuels est coprésident mondial de l’Alliance mondiale pour l’Année internationale des pâturages et des éleveurs, proclamée par les Nations unies pour 2026. Il est également vice-président du comité permanent du Congrès international des pâturages.
Mme Munguntsetseg Tsend-Ayush, chargée de projet chez Agronomes et Vétérinaires sans Frontières (AVSF), en Mongolie

Munguntsetseg Tsend-Ayush travaille au sein de l’AVSF depuis 2008. Ses domaines de spécialité sont le développement rural, l’organisation des groupes d’éleveurs (coopératives d’éleveurs et groupes de santé animale), l’approche « One Health », les filières d’élevage (cachemire, laine de bébé yack, viande et produits laitiers), la gestion des pâturages et du pastoralisme, l’égalité des sexes et le changement climatique. Elle est actuellement chef de projet du projet PLEDGE. Mungu a organisé des formations « One Health » à l’intention des élèves du secondaire et des groupes d’éleveurs dans leurs campements, ainsi que des ateliers sur le changement climatique et la dégradation des pâturages destinés aux groupes d’éleveuses. Ces initiatives ont été conçues pour soutenir les moyens de subsistance des éleveurs nomades ainsi que la gouvernance et les capacités de leurs organisations collectives, tout en renforçant la durabilité de leur mode de vie pastoral. Elles ont également contribué à l’adaptation au changement climatique et à la promotion d’un élevage respectueux de l’environnement.
Le Dr Chris Bartels, docteur en médecine vétérinaire, représentant national de l’AVSF en Mongolie

Le Dr Chris Bartels a exercé ses activités dans différentes disciplines liées à la santé animale. Il a travaillé comme vétérinaire libéral, chef de projet au Cambodge, chargé de cours à l’université d’Utrecht et épidémiologiste au sein des Services de santé animale aux Pays-Bas entre 1988 et 2010. Depuis 2010, il exerce en tant que consultant international pour la FAO et l’OIE dans le cadre de la lutte progressive contre les maladies animales transfrontalières et zoonotiques en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie. Entre 2020 et 2024, il a occupé le poste de conseiller technique en chef auprès de la FAO en Mongolie, dans le cadre d’un projet financé par la Banque mondiale visant à renforcer la prestation des services vétérinaires par les secteurs public et privé en Mongolie. Depuis juillet de l’année dernière, il est représentant national de l’AVSF en Mongolie. Ce dernier poste lui permet d’élargir son champ d’action et son expertise aux domaines de la gestion des pâturages, du développement des chaînes de valeur et de la résilience des éleveurs.
Dr Farah Isse Mumin, chercheur dans le domaine de « One Health », Université de Liverpool, Somalie et Royaume-Uni

Farah Isse Mumin est un chercheur spécialisé dans l’approche « One Health » et issu du milieu de la médecine vétérinaire. Il termine actuellement son doctorat en épidémiologie et « One Health » à l’université de Liverpool. Ses travaux sont motivés par le désir d’améliorer la santé et les moyens de subsistance des communautés rurales et pastorales défavorisées grâce à des approches « One Health » centrées sur la communauté. Ses recherches portent sur le renforcement de l’engagement communautaire dans le cadre de l’approche « One Health » et sur le développement d’outils pratiques favorisant la participation communautaire, notamment une approche de hiérarchisation des zoonoses au niveau communautaire qui intègre l’épidémiologie participative à l’analyse décisionnelle multicritères. Il a également contribué au développement et à l’évaluation du programme « Community Conversations for One Health » dans toute la Corne de l’Afrique.
Siobhan Mor, chercheuse principale nommée conjointement par l’ILRI et professeure en « One Health » à l’université de Liverpool

Siobhan est une chercheuse interdisciplinaire et une épidémiologiste dotée d’une double formation en médecine vétérinaire et en santé publique. Ses travaux de recherche se situent à la croisée des domaines de la sécurité sanitaire mondiale et de la médecine tropicale, souvent (mais pas exclusivement) dans une perspective « One Health ». Membre de l’Australasian College of Tropical Medicine (ACTM), Siobhan a occupé des postes universitaires à la faculté de médecine de l’université Tufts aux États-Unis (maître de conférences adjoint, 2009-2011), à la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Sydney en Australie (maître de conférences, 2012-2018) et à l’Institut des sciences de l’infection, vétérinaires et écologiques de l’université de Liverpool au Royaume-Uni (maître de conférences, de 2018 à 2024 ; professeur, de 2024 à aujourd’hui). Elle occupe un poste conjoint au sein de l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI) et a été affectée à temps plein à Addis-Abeba, en Éthiopie, de 2018 à 2024. Elle est désormais basée à Nairobi, au Kenya.
Siobhan dirige le Groupe de recherche mondial sur les causes zoonotiques des maladies fébriles aiguës (ZAFI) qui vise à transformer en profondeur la manière dont la fièvre est diagnostiquée et prise en charge chez les enfants en Afrique subsaharienne. Elle est une figure de proue reconnue dans la promotion des approches « One Health », en mettant l’accent sur le renforcement des capacités et la transposition des cadres théoriques en applications pratiques, notamment dans le contexte africain. Son expertise opérationnelle et ses contributions au cours des 15 dernières années comprennent notamment les fonctions suivantes : conseillère en santé mondiale pour le projet RESPOND (qui fait partie du programme de l’USAID Programme « Menaces pandémiques émergentes ») dont l’objectif était de renforcer les capacités de riposte face aux maladies émergentes dans les « foyers » épidémiques ; en tant que responsable de la recherche pour le pôle éthiopien du Projet HORN qui visait à renforcer les capacités de recherche dans le cadre de l’approche « One Health » dans la région de la Corne de l’Afrique ; en tant que partenaire principal de l’ILRI pour le Projet HEAL qui vise à renforcer la prestation de services de santé pour les personnes, les animaux et les pâturages dans les zones pastorales d’Éthiopie, du Kenya et de la Somalie ; et le Projet COHESA qui vise à renforcer l’adoption et la mise en œuvre des solutions « One Health » en Afrique orientale et australe.