Lors du 9e Congrès mondial « One Health », PREZODE et le Groupe de la Banque mondiale ont coorganisé une session conjointe. Intitulée « De la réaction à la prévention : financement et partenariats pour un impact durable de l’approche « One Health » », cette discussion a permis de faire le point sur les enseignements tirés et les pratiques nationales.
La prévention n’est pas un coût, mais un investissement qui protège la santé, les économies, les systèmes alimentaires et les écosystèmes. Pour obtenir un impact durable, il faut aller au-delà des simples engagements et s’orienter vers un financement pérenne, des partenariats plus solides et une mise en œuvre, sous l’impulsion des pays, des approches « One Health » aux niveaux national et local. Afin de sensibiliser le public et de proposer des solutions, cette table ronde a réuni Son Excellence le professeur Abderahim Awat Atteib, ministre de l’Élevage et de la Production animale du Tchad ; Mme Elisabeth Dibongue, Secrétaire général de PREZODE ; Mme Cláudia Fernandes de Brito, ministère de l’Environnement, de l’Action climatique et de l’Énergie, du Cap-Vert ; et Dr Salvador Ngoande, de la Commission économique pour l’élevage, la viande et les ressources halieutiques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Coprésidée par M. André Carletto, Économiste principal au sein du Groupe de la Banque mondiale, et Dr Marisa Peyre, cofondateur de PREZODE et directeur adjoint de l’unité de recherche ASTRE au CIRAD, la table ronde a été animée par Dr Chadia Wannous, responsable du département « One Health et cadres mondiaux » à l’OIE. La Dr Soawapak Hinjoy, président de l’Assemblée générale de PREZODE, a prononcé le discours de clôture.
En ouvrant la séance, André Carletto a souligné l’énorme coût humain et économique lié aux pandémies et épidémies récentes et actuelles : Ebola, la grippe aviaire, la COVID-19 et bien d’autres encore.« Ces événements ont montré à quel point la sécurité sanitaire est essentielle pour nous, en tant que monde et en tant que communauté, afin d’aller de l’avant et de trouver des solutions qui nous aident à prévenir ces crises et, bien entendu, à réduire le coût économique qui y est associé. »Il a souligné les efforts déployés par le Groupe de la Banque mondiale pour prévenir l’émergence de zoonoses, notamment en nouant des partenariats avec des organisations aux niveaux local, régional et international, par exemple à travers son soutien au projet en cours entre PREZODE et la CEMAC. Il a ouvert la discussion par une question : « Compte tenu du contexte actuel en matière de financement, comment pouvons-nous coordonner nos sources de financement afin de mieux utiliser nos ressources limitées ? »
Une prévention efficace nécessite véritablement une approche « One Health » impliquant l’ensemble de la société
Marisa Peyre a rappelé que la prévention doit s’ancrer dans les réalités du terrain et impliquer les acteurs locaux et les communautés en tant que partenaires afin d’identifier les risques et de concevoir ensemble des solutions réalisables et adaptées à leurs besoins. Cela ne peut se faire que par le biais d’une approche « One Health » qui relie les différents secteurs entre eux. Affirmant que «« L’approche “One Health” n’est pas une fin en soi ; c’est une manière de penser et de travailler différemment ». Elle a souligné que cette approche tient compte de l’impact des mesures sur d’autres secteurs et permet d’évaluer à la fois les avantages et les compromis : «Si notre intervention réduit un risque mais en accroît d’autres, tels que la malnutrition ou la pauvreté, améliorons-nous réellement la situation ? Une prévention efficace nécessite une approche « One Health » impliquant l’ensemble de la société. » L’approche adoptée par PREZODE repose sur une surveillance communautaire permettant une détection et une intervention précoces, ainsi que sur l’amélioration de la coordination et de la communication : il s’agit là d’interventions abordables, adaptables et durables.
L’Accord sur les pandémies a ancré plus fermement la prévention et l’approche « One Health » dans l’architecture sanitaire mondiale, alors que les dirigeants mondiaux se réunissent dans le cadre de la Réunion de haut niveau des Nations unies sur la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies, qui se tiendra fin septembre. Dans ce contexte, elle a souligné : «La prévention ne peut se limiter à une simple déclaration : elle doit se traduire par une mise en œuvre concrète et un financement durable ».
La Dr Chadia Wannous a fait remarquer que l’investissement dans l’approche « One Health » ne se résume pas simplement à trouver davantage de ressources. Il s’agit également de modifier les domaines et les modalités de nos investissements, et de veiller à ce que ceux-ci reflètent la nature multisectorielle des risques que nous cherchons à prévenir. Elle a invité les intervenants à partager leurs points de vue aux niveaux national, régional et international, afin d’explorer comment cette ambition peut être mise en pratique.
Gouvernance nationale et défis transfrontaliers
Son Excellence le ministre Awat Atteib a tout d’abord présenté un bref aperçu historique : le Tchad a été l’un des premiers pays à adopter l’approche « One Health » il y a 25 ans, en mettant en place des campagnes de vaccination conjointes destinées à la fois aux humains et aux animaux. « Cela nous a permis de regrouper les services liés à la santé humaine, animale et environnementale, et nous a également permis d’atteindre les éleveurs nomades. »Il a expliqué que le Tchad avait élaboré une stratégie nationale « One Health » qui définit les grandes orientations politiques. En matière de gouvernance, une plateforme multisectorielle a été mise en place sous l’égide du cabinet du Premier ministre, structurée en quatre niveaux : un comité interministériel, un comité de coordination, un secrétariat permanent et des groupes de travail techniques. Le ministre a souligné à quel point la coopération régionale est véritablement essentielle. « Les mouvements de populations et de bétail ne s’arrêtent pas aux frontières. À cet égard, le partage des informations épidémiologiques, la surveillance des zoonoses et des maladies transfrontalières, ainsi que la coordination des mesures de lutte avec les pays voisins constituent des éléments clés de la prévention. »
Instaurer la confiance
Elisabeth Dibongue a présenté le travail de PREZODE auprès des communautés locales dans le cadre du projet AfriCam au Cameroun. Elle a expliqué que les avantages de la prévention vont au-delà de la santé : elle améliore les systèmes alimentaires, soutient le commerce et les activités économiques, et réduit la pression sur les écosystèmes. Elle a ajouté : « Un autre avantage important est la confiance de la communauté. Ainsi, lorsque les communautés constatent que la prévention les protège, elles et leurs moyens de subsistance, elles sont plus enclines à faire confiance et à s’impliquer dans les dispositifs conçus pour les protéger. »
Elle a également souligné la nécessité pour les pays et les décideurs de disposer de données factuelles reflétant leurs propres contextes. « Ils veulent savoir, et ils ont besoin de savoir, ce que cet investissement permet précisément d’éviter. Qu’est-ce qu’il permet d’économiser ? Qu’est-ce qu’il protège ? Par exemple, quels sont les coûts liés à une épidémie qui sont ainsi évités ? Combien de pertes agricoles peut-on éviter ? Quelle activité économique peut se poursuivre grâce à l’absence d’épidémie ? Pour répondre à ces questions, PREZODE et d’autres initiatives axées sur la prévention peuvent apporter une valeur ajoutée ».
Traduction nationale par le Cap-Vert du Programme de sécurité sanitaire en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale
Cláudia Fernandes de Brito a décrit comment le programme « Project Health Security » en Afrique de l’Ouest et centrale, qui vise à renforcer la collaboration régionale, apporte son soutien au Cap-Vert. Fondé sur l’approche « One Health », ce programme se traduit par un effort structuré visant à combler les lacunes critiques mises en évidence par la crise de la COVID-19 : «En mars 2023, l’Institut national de santé publique du Cap-Vert a adopté un plan stratégique relatif à l’approche « One Health », qui doit être mis en œuvre par la Commission de coordination multisectorielle ». Elle a également mis en avant le lien entre l’environnement et la santé. « Le programme de sécurité sanitaire représente une opportunité de transformation, non seulement pour bâtir un meilleur système de santé pour aujourd’hui, mais aussi pour créer une architecture de sécurité sanitaire résiliente, intégrée et adaptée au changement climatique, capable de faire face aux menaces du XXIe siècle. »
Coopération régionale: l’exemple de l’Afrique centrale
Pour Le Dr Salvador Ngoande, La coordination régionale implique de travailler ensemble, d’apprendre les uns des autres, de partager des informations ainsi que des ressources humaines, logistiques et même financières.« Par conséquent, l’approche « One Health » n’est plus une simple option, et personne ne doit être laissé pour compte, car nous dépendons les uns des autres. » La région de la CEMAC, qui regroupe le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la Guinée équatoriale, la République du Congo et le Gabon, est confrontée à des menaces sanitaires constantes, notamment des épidémies d’Ebola, de variole du singe et de Marburg… « Sous la direction et la coordination de la Commission de la CEMAC, les différentes parties prenantes ont harmonisé les outils de surveillance avec l’ensemble des États membres, démontrant ainsi l’intérêt du partenariat régional à travers le Plan régional d’hygiène et de sécurité en Afrique centrale, le plan régional d’urgence visant à renforcer la surveillance aux frontières, ainsi que d’autres biens publics, notamment le partage des données, des informations, les laboratoires et le renforcement des capacités, ainsi qu’une feuille de route visant à prévenir la propagation du virus Ebola dans notre région».
Pour une prévention claire, concrète et mesurable
Dans son discours de clôture, la Dr Soawapak Hinjoy a souligné la nécessité d’un changement de mentalité: «Au lieu de nous demander uniquement combien coûte la prévention, nous devrions nous demander : quelles sont les conséquences si nous ne prévenons pas ? » La prévention crée de la valeur dans de nombreux secteurs ; nous avons donc besoin d’approches de financement qui reconnaissent cette valeur partagée et soutiennent la collaboration à long terme. « Nous devons rendre la prévention claire, concrète, mesurable et susceptible de susciter des investissements. Montrez le risque, montrez l’intervention, montrez l’impact. Il devient alors beaucoup plus facile de justifier un investissement durable. »