Lettre ouverte
La science est essentielle pour améliorer la préparation et la prévention des pandémies. Elle nous permet non seulement d’approfondir notre compréhension de la transmission et de l’endiguement des agents pathogènes, mais aussi de disposer de la souplesse nécessaire pour nous adapter à l’évolution des circonstances. En nous appuyant sur des preuves scientifiques, nous pouvons contenir les risques au niveau local, réduire le délai entre l’alerte précoce et l’action, garantir l’efficacité et la fiabilité des mesures de contrôle et accélérer la mise au point et le déploiement de traitements sûrs, préservant ainsi la santé publique. Lisez l’appel à l’action que nous publions aujourd’hui, rédigé conjointement par le consortium PREZODE, Marisa Peyre et Justin Vaïsse (Forum de Paris sur la Paix), Peter Sands (Fonds mondial), et signé par des scientifiques internationaux de haut niveau, des décideurs, des organisations de la société civile, des acteurs privés et des donateurs internationaux.
Cet article a été initialement publié sur Project Syndicate le 10 novembre 2023 MARISA PEYRE, JUSTIN VAÏSSE et PETER SANDS
La pandémie de COVID-19 a mis en évidence le rôle essentiel des politiques fondées sur des données probantes pour faire face aux crises sanitaires mondiales. Elle a également mis en évidence la nécessité de stratégies flexibles, de soins de santé équitables et d’approches multidisciplinaires qui comblent le fossé entre la science et la politique et améliorent la culture scientifique.
BRUXELLES - La science est essentielle pour améliorer la préparation et la prévention des pandémies. Elle nous permet non seulement d’approfondir notre compréhension de la transmission et de l’endiguement des agents pathogènes, mais aussi de disposer de la souplesse nécessaire pour nous adapter à l’évolution des circonstances. En nous appuyant sur des preuves scientifiques, nous pouvons contenir les risques au niveau local, réduire le délai entre l’alerte précoce et l’action, garantir l’efficacité et la fiabilité des mesures de contrôle et accélérer la mise au point et le déploiement de traitements sûrs, préservant ainsi la santé publique.
La pandémie de COVID-19 a mis en évidence le rôle essentiel des politiques fondées sur la science dans la gestion des crises sanitaires mondiales. Elle nous a appris qu’il était important de mettre en place des systèmes d’alerte précoce solides, de fonder les décisions sur des données et d’encourager la collaboration multidisciplinaire. Elle a également mis en évidence la nécessité de stratégies flexibles, de soins de santé équitables, d’un accès généralisé à la vaccination et d’un soutien en matière de santé mentale.
La confiance dans la science et l’expertise a été et reste vitale pour la mise en œuvre de mesures de contrôle efficaces. Les décideurs politiques doivent tenir compte des leçons tirées du COVID-19 et se concentrer sur le renforcement de la résilience et la promotion de la coopération internationale en préparation des futures pandémies, tout en maintenant la confiance du public dans la science et les experts grâce à une communication claire. La prise en compte des contextes sociaux, économiques et géopolitiques s’est avérée tout aussi essentielle à la gestion des crises de santé publique que la compréhension des facteurs biologiques. Par conséquent, l’adoption d’une approche holistique conforme à l’approche « Une seule santé » est essentielle à l’élaboration de politiques préventives.
Une prévention, une préparation et une réaction efficaces nécessitent une collaboration et une coordination permanentes entre les scientifiques, les décideurs politiques, les professionnels de la santé et le grand public. Pour atténuer l’impact des pandémies, nous devons rester attachés à une prise de décision fondée sur la science, en réexaminant et en adaptant régulièrement nos stratégies.
Cela nécessite une approche à multiples facettes qui comble le fossé entre la science et la politique et engage toutes les parties prenantes concernées. Nous devons veiller à ce que la recherche et les données scientifiques soient transparentes et accessibles aux décideurs politiques. Il ne suffit plus de promouvoir les publications en libre accès et d’encourager le partage des données entre les chercheurs ; nous devons traduire les données en informations compréhensibles et exploitables.
Pour mettre en œuvre une telle stratégie, les décideurs politiques devraient se concentrer sur sept priorités clés.
- Tout d’abord, ils doivent promouvoir une culture fondée sur les faits, qui enracine les décisions dans la recherche et les données scientifiques et encourage les décideurs à consulter des experts scientifiques et à tenir compte de leurs recommandations.
- Deuxièmement, les approches participatives sont essentielles pour obtenir et maintenir le soutien du public aux politiques fondées sur la science. En créant des plateformes et en promouvant des méthodologies qui encouragent un dialogue ouvert, les scientifiques peuvent jeter des ponts entre les décideurs politiques, la société civile et la communauté scientifique au sens large.
- Troisièmement, il est essentiel d’organiser régulièrement des séances d’information et des réunions au cours desquelles les scientifiques peuvent informer les décideurs politiques des derniers résultats de la recherche et des menaces émergentes. Ces réunions d’information doivent être concises et se concentrer sur des informations exploitables.
- Quatrièmement, les experts devraient s’efforcer d’améliorer la culture scientifique des décideurs politiques. Cela pourrait être facilité par des programmes de formation, des ateliers et du matériel pédagogique conçus pour simplifier les concepts scientifiques complexes.
- Cinquièmement, la modélisation scientifique et la planification de scénarios peuvent aider les décideurs politiques à comprendre les implications potentielles de différentes décisions. Ces modèles pourraient servir de base à la formulation de stratégies efficaces et à l’optimisation de l’allocation des ressources.
- Sixièmement, il est essentiel de procéder à des évaluations régulières des risques fondées sur des preuves scientifiques afin d’identifier les menaces potentielles de pandémie. Ces évaluations doivent prendre en compte les facteurs biologiques, sociaux, économiques et géopolitiques.
- Enfin, les décideurs politiques doivent reconnaître la complexité des menaces émergentes d’aujourd’hui. Les risques pour la santé publique étant de plus en plus liés aux crises climatiques, environnementales et sociales, l’approche multidisciplinaire et multisectorielle d ‘une seule santé est la clé pour faire face aux urgences interconnectées.
Si les investissements dans la recherche scientifique, la coopération internationale, les mesures préventives, les infrastructures sanitaires et les stratégies de réponse équitables avaient été plus importants avant l’apparition du COVID-19, le monde aurait été mieux préparé. Dans cette optique, nous avons identifié plusieurs principes qui nous permettront de nous préparer aux futures pandémies.
Nous appelons les décideurs politiques et les chercheurs du monde entier à créer des comités ou des groupes de travail interdisciplinaires « Une seule santé » réunissant des décideurs politiques, des experts, des scientifiques de différentes disciplines - y compris les sciences sociales - et d’autres parties prenantes. Ces comités seraient chargés d’analyser les preuves scientifiques, de proposer des stratégies à la fois pertinentes et adaptables, et de fournir des conseils aux décideurs.
Pour améliorer la préparation et la réactivité en cas de crise, nous préconisons la mise en place de mécanismes nationaux qui faciliteraient les discussions entre les scientifiques, les décideurs et le grand public. Cela encouragerait le partage d’informations et contribuerait à sensibiliser aux risques potentiels.
Nous recommandons également de développer des indicateurs qui reflètent la santé sociale et économique au niveau local. Les décideurs politiques doivent tenir compte de ces indicateurs, ainsi que des externalités potentielles et d’autres facteurs susceptibles de déclencher des situations d’urgence en matière de santé publique. En période d’incertitude, le principe de précaution devrait guider la prise de décision.
Nous proposons de mettre en œuvre des stratégies adaptatives qui intègrent les connaissances scientifiques les plus récentes. Ces plans doivent être régulièrement évalués et améliorés pour tenir compte des nouvelles découvertes. Une approche systématique de la prévention, de la préparation et de la réponse aux pandémies pourrait aider à identifier les mesures qui sont efficaces et celles qui doivent être ajustées.
Il sera essentiel de s’engager activement auprès du public et des médias pour favoriser la compréhension de la science qui sous-tend les mesures de santé publique et veiller à ce que les bons messages soient communiqués de manière claire et efficace. En outre, la responsabilisation des communautés en les faisant participer à l’élaboration de solutions de prévention devrait être une priorité absolue.
La collaboration et la coordination scientifiques internationales sont impératives. En nous appuyant sur les innovations passées et présentes, nous pouvons maximiser l’utilisation des ressources et bénéficier d’un réservoir mondial d’expertise et de données.
Le financement à long terme est également essentiel pour une prise de décision fondée sur la science. Les investissements dans la recherche, la surveillance et la préparation doivent être maintenus dans le temps, et non pas uniquement en réponse à une pandémie. En adaptant les mécanismes de financement pour permettre une certaine souplesse dans le soutien des projets intersectoriels, nous pouvons adapter les objectifs aux besoins locaux.
L’intégration de solutions scientifiques dans le processus décisionnel est un processus continu qui nécessite collaboration, confiance et engagement ferme à utiliser les meilleures données disponibles pour façonner les politiques et les actions. Pour garantir l’efficacité des stratégies de prévention des pandémies, des mécanismes de suivi et d’ajustement doivent être mis en place.
Le sixième Forum annuel de Paris sur la paix, qui se tiendra les 10 et 11 novembre, et plus particulièrement la session intitulée « De la science à la politique : Comment éclairer la prise de décision en matière de prévention, de préparation et d’intervention en cas de pandémie ?« , offrira aux décideurs politiques et aux donateurs l’occasion de réfléchir aux leçons durement acquises au cours des trois dernières années et de s’attaquer de front à ces défis pressants.
Ce commentaire a été rédigé conjointement par le consortium PREZODE, des scientifiques internationaux, des décideurs, des organisations de la société civile, des acteurs privés et des donateurs internationaux.
Signataires
Magda Robalo, présidente de l’Institut pour la santé mondiale et le développement, ancienne ministre de la santé de Guinée-Bissau ; Papa Seck, conseiller principal du président de la République du Sénégal ; Marie-Ange Saraka-Yao, responsable de la mobilisation des ressources et de la croissance, Gavi, l’Alliance du vaccin ; Brigitte Autran, membre du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (COVARS) ; Jens Nielsen, PDG de la World Climate Foundation ; Eloise Todd, directrice exécutive et cofondatrice du Pandemic Action Network ; Jean-Luc Angot, envoyé spécial pour l’initiative Preventing Zoonotic Disease Emergence (PREZODE) ; Elisabeth Claverie de Saint-Martin, présidente-directrice générale du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) ; Philippe Mauguin, PDG de l’INRAE ; Valérie Verdier, PDG de l’Institut national de recherche pour le développement durable (IRD) ; Musso Munyeme, professeur de santé publique vétérinaire, département de contrôle des maladies, One Health Coordinator (ACEIDHA), Université de Zambie ; Osman A Dar, directeur du projet One Health, Royal Institute of International Affairs ; Cheryl Stroud, directrice exécutive de la One Health Commission ; Thi Phuong Vu, Viet Nam One Health Partnership Secretariat ; Manuelle Miller, vice-présidente de VSF-International ; Pham Duc Phuc, coordinateur du Vietnam One Health University Network (VOHUN) ; Zeev Noga, secrétaire général de PREZODE ; Agnès Soucat, directrice de la santé et de la protection sociale à l’Agence française de développement ; Thierry Lefrançois, consultant One Health au CIRAD, membre du COVAR. .